Je partage avec vous mon expérience de 30ans de paysagisme entre Paris et Cannes et 7ans de peinture. En plus de ma formation à l'atelier de la Grande Chaumière à Paris, j'ai fait des études de botanique, car les plantes me passionnent depuis toujours, je suis devenu concepteur paysagiste et j'ai travaillé notamment avec G. Clément ou C. Müller; jamais ce regard de peintre ne m'a quitté, jamais !
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Tout a commencé dans le salon face à cette lithographie de Soulages.
26 Juin 2026
Rédigé par Arnaud Coquelin de Lisle et publié depuis
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Il y a des commandes qui ressemblent à des cadeaux. Celle-ci en était un.Un jardin au Cap d’Antibes. Une piscine à repenser entièrement. Et un client qui me dit, lors de notre première rencontre : “Je veux quelque chose qu’on ne voit nulle part ailleurs.”Ce genre de phrase, je l’entends souvent. Mais cette fois-là, quelque chose s’est mis en mouvement différemment en moi.....Pas le paysagiste, le peintre....
LE SALON QUI A TOUT DÉCIDÉ
En visitant la maison pour la première fois, je traverse le salon. Et là, sur un mur, une lithographie de Soulages. Grande, silencieuse, souveraine.
Je me suis arrêté.
Ce moment a tout décidé. Pas question de faire un jardin “à côté” de cette œuvre — il fallait que le dehors réponde au dedans. Que l’extérieur soit le prolongement naturel de ce que le client vivait déjà à l’intérieur sans forcément le formuler. C’est exactement ça, In Out Harmony — cette conviction que le jardin n’est pas une annexe de la maison, mais sa respiration.
L’OUTRE-NOIR COMME POINT DE DÉPART
Ceux qui me connaissent savent que j’ai une histoire avec la peinture à l’huile. Sept ans à travailler la matière, la lumière, les valeurs. Et dans cet héritage, une fascination ancienne pour Pierre Soulages — cet homme qui a passé sa vie à explorer ce que le noir peut contenir comme lumière.
L’outre-noir. Ce concept qui dit que le noir n’absorbe pas la lumière, il la transforme. Il la renvoie autrement. Il vibre.
Devant ce bassin à repenser, j’ai pensé à ça.
Et si la piscine devenait une toile ? Pas bleue. Noire. Un rectangle d’outre-noir posé dans la végétation méditerranéenne, capable de capter le soleil de six heures du matin et de le restituer en or à dix-neuf heures.
LE PLAN COMME PARTITION
Tout commence par le dessin. Toujours.
Le plan que j’ai développé pour ce projet organise l’espace comme on compose un tableau — avec des zones de tension et des zones de respiration, des pleins et des vides, des matières qui s’opposent pour mieux se révéler.
La piscine noire occupe le centre de la composition, comme le sujet principal d’une toile. Autour d’elle, un plancher en bois clair joue le rôle du fond — chaud, texturé, qui fait ressortir l’obscurité de l’eau par contraste.
En contrebas, un sol en damier noir et blanc — un clin d’œil à Matisse autant qu’à la tradition des jardins méditerranéens — crée un deuxième niveau de lecture visuelle. Et partout, la végétation dense, tropicale, presque excessive, enveloppe l’ensemble comme un cadre vivant qui respire et évolue avec les saisons.
Les murs sombres qui délimitent l’espace ne ferment pas — ils absorbent la lumière le matin et la laissent traverser le soir, exactement comme les grandes plaques de Soulages laissent deviner leur profondeur selon l’angle du regard.
L’EAU COMME MIROIR DE L’OUTRE-NOIR
Ce qui m’a le plus fasciné dans ce projet, c’est le comportement de l’eau noire selon les heures.
À l’aube, la piscine est un monolithe mat, presque minéral. Elle boit la lumière rasante sans rien donner.
En milieu de journée, elle se transforme en miroir parfait — le ciel, les palmiers, les pins parasols de la Côte d’Azur s’y reflètent avec une précision troublante. La profondeur disparaît, remplacée par une surface presque photographique.
Au crépuscule, elle devient or, cuivre, bronze — elle restitue tout ce qu’elle a absorbé pendant la journée. L’outre-noir de Soulages à l’état pur, mais en eau, en lumière, en vent.
C’est ce que j’appelle un jardin vivant : pas un décor figé, mais une composition qui se réinvente toutes les heures.
PAYSAGISTE OU PEINTRE ?
La vraie réponse, c’est que je ne sais plus où s’arrête l’un et où commence l’autre.
Concevoir ce jardin, c’était choisir des valeurs comme on choisit ses couleurs. Organiser des masses végétales comme on équilibre une composition. Décider que le noir serait le protagoniste — et que tout le reste, le bois clair, le marbre du damier, le vert dense de la végétation, serait là pour le révéler.
C’est exactement ce que fait un peintre devant sa toile.
C’est exactement ce que fait un paysagiste concepteur devant un jardin.
ET CET ÉTÉ, ON EN PARLE À LA CAMÉRA
Ce projet n’est pas un hasard isolé dans mon travail. Il s’inscrit dans une réflexion plus large que je mène depuis longtemps sur la couleur noire au jardin — ses usages, ses effets, sa capacité à transformer un espace.
Une réflexion qui prend bientôt une nouvelle forme : cet été, je tourne un épisode de ma chaîne YouTube : Pousse ta connaissance ! entièrement consacré à la couleur noire dans la conception paysagère. Soulages y sera convoqué, bien sûr. Mais aussi la botanique, la physique de la lumière, et des réalisations concrètes qui prouvent que le noir au jardin n’est pas une provocation — c’est une profondeur.
À très vite sur la chaîne.
Arnaud Coquelin de Lisle / Paysagiste concepteur depuis 30 ans entre Paris et Cannes.